Country: Haiti Source: UN Integrated Office in Haiti Port-au-Prince, le8 mai2026 : Selon le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), au cours du premiertrimestre de l’année (janvier-mars2026), au moins 1642 personnes ont été tuées et 745 autres blessées. « Malgré des avancées sécuritaires dans certaines zones du centre-ville de Port-au-Prince, l’insécurité est quotidienne et intenable pour un grand nombre d’Haïtiens, et la violence continue de s’étendre au-delà de la capitale,en particulier dans l’Artibonite et le Centre », a souligné le Représentant spécial du Secrétaire général en Haïti et chef du BINUH, Carlos Ruiz Massieu. Au regard des tendances observées à la fin de l’année dernière, les opérations menées par les forces de sécurité ont limité l’expansion territoriale des gangs au cœur de la capitale et ont contribué à une réduction de leurs activités criminelles dans plusieurs quartiers. En revanche, dans les zones sous leur contrôle, les gangsont continué de commettre de nombreuxabus des droits humains, notamment des meurtres ciblés, des enlèvements, des actes d’extorsion et de destruction de propriétés.Un exemple tragiquede ces abus est l’exécution, au cours du mois de mars, d’un enfant de 13 ans, jouant le rôle de « guetteur » pour les gangs, pour avoir fait voler un cerf-volant. En périphérie de la capitale et dans l’Artibonite, les gangs ont aussi commis de graves exactions à l’encontre des populations.Lesattaques les plus violentes se sont produites à la fin du mois de mars et se sont poursuivies au cours du mois d’avril. Ainsi, entre le 29 et le 31 mars, les membres de gangs ont attaqué de manière coordonnée 16 localités, dans le Bas Artibonite, dans lesquelles étaient implantés plusieurs groupes d’auto-défense. Au total, au moins 83 résidents ont été tués et 38 autres blessés.Certaines victimes ont été sorties de leur lit en pleine nuit, puis abattues devant leur habitation. Au total, au cours du trimestre, les membres de gangs ont été responsables de 27 % des personnes tuées et blessées. Ils ont aussi été responsables de violences sexuelles, notamment des viols collectifs ou des cas d’exploitation sexuelle, à l’encontre de plus de 292 victimes, principalement des femmes et des filles âgées de 12 à 17 ans. Les violences sexuelles continuent d’être utilisées par les gangs comme un moyen de punir les populations vivant sous leur contrôle, à l’instar de la traite des enfants. Parallèlement à cette violence des gangs, le BINUH estime que 4% des meurtres et des blessures sont imputables aux groupes d’auto-défense ciblant des membres de gangs et des personnes soupçonnées de collaborer avec eux. Enfin, plus de 69 % des personnes tuées ou blessées au cours du trimestre l’ont été lors d’opérations menées par les forces de sécurité contre les gangs, parfois appuyées par une société militaire privée ayant recours à des drones. Sur l’ensemble des victimes de frappes de drones, 69 étaient des membres de la population, dont cinq enfants. Deux filles âgées de sept et neuf ans figurent parmi les blessés graves, après la chute d’un drone dans la cour de leur maison, à Martissant, au mois de mars. Le rapport met aussi en évidence la persistance d’allégations d’exécutions ou tentatives d’exécutions sommaires impliquant des membres de la police. Majoritairement documentés dans des endroits spécifiques de la capitale, ces incidents ont causé la mort de 33 personnes et les blessures de 7 autres. Informée par le BINUH, l’Inspection Générale de la Police Nationale d’Haïti a ouvert des enquêtes sur l’ensemble de ces cas. Des progrès ont été enregistrés dans l’opérationnalisation des deux pôles judiciaires spécialisés pour lutter contre les crimes de masseet les crimes financiers.En mars, 14 juges ont été désignés par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire pour intégrer ces pôles. Ces désignations viennent s’ajouter à celles des 10 substituts du gouvernement qui avaient eu lieu en janvier. Quelques avancées ont aussi été notées dans l’instruction judiciaire relative au massacre de Wharf Jérémie (décembre 2024), au cours duquel au moins 207 personnes ont été tuées par des membres de gangs. En mars 2026, des mandats d’arrêt ont été émis à l’encontre de dix individus. Il n’en demeure pas moins que face àla gravité de la situation des droits humains en Haiti, le rapportrappelle l’urgence d’accélérer la pleine opérationnalisation des pôles judiciaires spécialisés, de veiller à ce que toutes les opérations des forces de sécurité nationales et internationalessoient conduites dans le strict respect du droit international des droits humains, d’accélérer la mise en œuvre effective du processus de vetting au sein de la police ainsi que celle d’un programme de prévention, de désengagement et de réhabilitation des mineurs impliqués dans les gangs. Le rapport appelle également la communauté internationale à maintenir Haïti à l’agenda international et à renforcer les mesures visant à prévenir le trafic d’armes en Haïti. –– FIN –– Contact : Mathias Gillmann, Porte-parole du BINUH : [email protected]